Changement et collines enneigées

Le changement est un processus lent et répétitif. Et ce pour plusieurs raisons.

La principale se joue au niveau physique et pour être plus précis, neurologique. Oui vous avez bien lu : lorsque vous amorcez un projet qui nécessite des changements de comportements substantiels, vous pouvez avoir l’impression que certains en souffre presque physiquement.

Et cette souffrance n’est pas un numéro de cinéma placé sous le couvert du « c’était mieux avant ».

Lorsque votre cerveau apprend quelque chose de nouveau il créé des connexions neuronales et plus cet apprentissage sera répété, plus elles se renforceront. Un changement physique [de nouvelles connexions] est alors à l’oeuvre. Lorsque vous apprenez pour la première fois une fable de La Fontaine, une fois celle-ci apprise la structure de votre cerveau a évolué en réponse à ce signal, elle ne sera plus jamais pareil.

C’est ce qu’on appelle la neuroplasticité.

Pour illustrer nos propos, prenons une métaphore proposée par James Teboul et Philippe Damier.

Vous êtes le premier sur les pistes de ski, il est tombé 30 cm de poudreuse durant la nuit, aucune ligne n’est à l’heure tracée.

Nous nous élançons et avons le choix de tracer n’importe quelle ligne pour rejoindre le télésiège plus bas. La deuxième fois, il est probable que nous tracions une ligne très proche de la première. Si nous continuons alors à skier toute la journée sans chercher à innover, nous allons repasser plusieurs fois au même endroit et creuser une même ligne qui se transformera en un passage profond et bien défini dans le paysage. En suivant ce chemin que nous pourrions qualifier de « moindre résistance », il nous sera au bout d’un moment très difficile de sortir de l’ornière.

Cette métaphore illustre bien le fonctionnement de nos habitudes. Plus nous réalisons quelque chose régulièrement, plus il nous est difficile de faire différemment. Il effectivement très simple d’emprunter un nouveau chemin lorsque nous réalisons une chose pour la première fois, autant il est difficile après répétition de s’en écarter.

Ce mode d’action de notre cerveau est viable pour les bonnes et les mauvaises habitudes. Plus nous passons au même endroit, plus l’espace cortical attenant à cette opération deviendra grand.

Le changement est un processus lent et répétitif. La première fois que je me suis fracturé la clavicule et luxé l’épaule, après plusieurs semaines d’immobilisation, mon kiné m’a dit que nous allions travailler mon dos, ce que je n’ai pas compris jusqu’à ce qu’il y adosse ces mots : « On prend une mauvaise habitude en répétant, encore, encore et encore le même mouvement. Pour acquérir un nouveau geste, il faut répéter encore, encore et encore des mouvements différents. Donc pour passer d’une mauvaise habitude à une bonne, nous allons répéter encore, encore et encore de meilleurs mouvements. »

On comprend alors mieux pourquoi le changement peut sembler pour certains si douloureux. Il faut répéter, encore, encore et encore de « meilleurs mouvements ».

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